La secrétaire d’état à l’écologie va rencontrer pro et anti ours. Chantal Jouanno a entamé une série d’entretiens avec tous les acteurs du plan Ours. 11
rencontres avec les antis ours et le pro ours. Depuis le début de la réintroduction des plantigrades dans les Pyrénées, les tensions sont vives dans le massif.
Les éleveurs notamment qui perdent des animaux chaque année sont très remontés contre ce plan Ours. Au mois de Septembre dernier, les opposants ont d’ailleurs annoncé que 2 ours avaient été
tués lors d’une battue. Cette information n’a pas pu être vérifiée mais Chantal Jouanno a annoncé aujourd’hui que tous les ours tués seront remplacés.
En revanche si un animal pose problème, elle affirme qu’il sera retiré du massif. En 2006, cinq ours slovènes ont été réintroduits dans les Pyrénées, provoquant colère et manifestations d’élus
locaux et de nombreux éleveurs. La population d’ours dans le massif est officiellement évaluée à une vingtaine d’individus.
Le reportage de France 3
Même si les enquêtes n’ont pour l’instant rien donné, la disparition des deux plantigrades annoncée par les anti ours en septembre est désormais considérée comme établi. (NDLB - Lire la note de
la buvette du 3 septembre : Philippe Lacube affirme que 2 ours ont été abattus en Haute Ariège en juin.)
Deux mois après ces évènements, Chantal Jouanno vient de débuter une série de 11 rencontres avec les acteurs favorables ou bien opposés à la présence de l’ours dans les Pyrénées. Première
annonce : les ours tués seront remplacés.
Chantal Jouanno : « La logique, elle est très simple. C’est de dire : les ours sont dans les Pyrénées, et on a un engagement international, un engagement dans la convention de
Berne et un engagement européen. On ne va pas se mettre au ban de l’Europe et quitter l’Europe. Donc nous les respectons. Mais très simplement, quand un ours est tué pour des raisons
anthropiques, on le remplace, parce que, je n’ai vu nulle part que les pyrénéens souhaitaient la disparition de l’ours dans les Pyrénées. »
S’agit-il du remplacement des deux derniers spécimens disparus dans la Haute Ariège ou doit-on aussi compter Franska, tuée par une voiture et les deux premiers, abattus par des chasseurs en
légitime défense ? La ministre ne décidera sans doute qu’après la fin de ses consultations, mais on note tout de même un changement de discours au ministère où l’on ne parle plus de
« renforcement » mais plutôt de « maintien » de la population.
Chantal Jouanno : « La question est celle du maintien de l’ours, dans les Pyrénées. Je vous ai dit très exactement la série de rendez-vous que nous avons aujourd’hui vise précisément
à savoir où ? Quand ? Comment ? Combien ? Enfin, ce qu’il faut exactement, donc, on n’est pas là aujourd’hui à dire combien il faut renforcer d’ours, ou pas renforcer
d’ours ; très clairement on maintiendra la population d’ours. »
Disparition aussi d’un tabou : en cas d’attaque à répétition et de comportement trop familier, l’ours à problèmes sera recapture.
Chantal Jouanno : « Je pense qu’il faut banaliser entre guillemets la gestion de l’ours. Que tous les ours soient clairement suivis. Que l’on puisse aussi clairement dire : s’il
y a un ours à problèmes, il y a un protocole, et s’il faut, on le prélève. Il faut vraiment dire les choses très clairement aux uns et aux autres et effectivement, éviter toute
surmédiatisation. »
C’est une remise à plat du dialogue avec tous les acteurs, mais surtout les éleveurs et les bergers que veut Chantal Jouanno qui annonce aussi sa venue prochaine sur le massif.
Chantal Jouanno avait directement réagi à l’annonce faite par Philippe Lacube.
Chantal JOUANNO : J’ai demandé au préfet de région Midi-Pyrénées, le préfet de massif, d’ouvrir deux enquêtes. Une enquête administrative, menée par la gendarmerie, puis une enquête
technique, diligentée par l’ONCFS. Je viens de recevoir le résultat de ces deux enquêtes. L’enquête administrative n’a rien donné. Mais l’enquête menée par les techniciens de l’Office national
de la chasse et de la faune sauvage fait état d’une suspicion. J’ai demandé à l’Office de poursuivre cette enquête. A l’heure actuelle, on ne peut pas dire si un ours a été tué, ou non :
il n’y a qu’une suspicion.
DDD : La chasse à l’ours aurait repris dans les Pyrénées : c’est en tout cas ce qu’affirme une association ariégeoise.
Chantal JOUANNO : Si tel est le cas, c’est inadmissible ! Ce serait un échec pour tout le travail de préservation mené depuis des années. L’ours est une espèce protégée, menacée. Dès
que j’ai eu connaissance de ces déclarations, j’ai demandé au préfet de l’Ariège de transmettre au procureur. A lui de déterminer quelle suite il va donner.
DDD : Que ferez-vous si la preuve est apportée que des ours ont été tués ?
Chantal JOUANNO : Nous porterons plainte. C’est un délit. Notre rôle est de faire respecter la loi. Beaucoup de choses ont été faites dans les Pyrénées : des aides au pastoralisme,
des remboursements en cas de prédation. On a progressé sur tellement de sujets que ce serait dommage de retourner en arrière ! Mais je ne veux pas d’une politique parisienne qu’on
imposerait aux habitants des Pyrénées.Sources : FR3 et DDD
Que conclure de cette interview ?
La France respectera ses engagements internationaux. Rien d’anormal à cela.
"Les ours tués pour des raisons anthropiques seront remplacés." Chantal Jouanno a pris sa décision : il y aura de nouveaux ours ! Elle s’intérroge sur "où, quand, combien", pas sur
l’éventualité d’un remplacement.
Chantal Jouanno n’utilise ni le passé, ni le futur. La question est bien de savoir s’il y aura confirmation qu’en plus des deux ours tués en Haute Ariège, cet été, puisque que leur disparition
est considérée comme « établie », d’autres ours seront remplacés.
Les autres ours tués « pour des raisons anthropiques » sont : Claude, Mellba, Cannelle et Franska.
Novembre 1994 : lors d’une battue aux sangliers, dans une ancienne réserve dite "Lalonde", l’ourse "Claude" est tuée par des chasseurs de Borce (André Apiou). Dénoncés plus tard, ils
seront jugés par le TGI de Pau et condamnés en janvier 1999. Claude était l’avant dernière femelle de la lignée pyrénéenne.
27 septembre 1997, l’ourse "Mellba" est abattue par un jeune chasseur, Jean-Philippe Gausseran, sur la commune de Bézins-Garaux (Haute-Garonne), un fief d’opposants aux ours. Alain Suberbielle,
photographe et naturaliste, présent ce jour- là dans le village, voit le jeune chasseur fier, nullement ému par son acte, assis sur un tracteur. La plainte est classée sans suite. Malgré bien
des rumeurs sur le prétendu suicide du chasseur, ce dernier est toujours vivant.
Le 1er novembre 2004. La dernière femelle de souche pyrénéenne, "Cannelle", alors accompagnée d’un ourson né dans l’année, est tuée par un chasseur sur le territoire de la commune d’Urdos.
Cette femelle est connue pour se cantonner depuis plusieurs automnes sur Urdos. Elle est présente avec son petit depuis deux mois dans le secteur qui sera l’objet de la battue fatale. Le
chasseur est jugé mais relaxé par le TGI de Pau le 21 avril 2008 puis reconnu responsable civilement en septembre 2009 et condamné à une peine de 11 000€. Août 2007 : l’ourse "Franska",
lâchée au printemps 2006, est tuée par un véhicule conduit par un militaire sur la RN 21, route à quatre voies, sur la commune de Viger (65).
Lire : la mort des derniers ours des Pyrénées.
Si on remonte plus loin, mais, il est peu probable que la ministre remonte plus loin, ajoutons que Jean-Jacques Camarra cite 6 cas de braconnage dont deux sur des femelles suitées (celles de
1982 et 1983 ?) entre 1974 et 1989. Gérard Caussimont, lui, cite 8 ou 9 ours qui auraient été tués entre 1976 et 1995 en Béarn et Soule et 5 de plus dans les Pyrénées espagnoles. C’est
ainsi, qu’on admet généralement qu’entre 1976 et 1995, treize ou quatorze ours ont été tués dans les Pyrénées occidentales.
Il semble évident que l’interprétation des paroles de Chantal Jouanno va alimenter les discussions et les forums. Au sens strict : 6 ours sont morts de causes anthropiques depuis 1994, 4
femelles : Claude, Mellba, Cannelle, Franska, ainsi que les 2 ours tués en Ariège, probablement 2 mâles, dont peut-être Boutxi.
Si la ministre souhaite "maintenir la population" d’ours, il faut envisager le remplacement de 6 ours dans les Pyrénées. Le journaliste de France 3 fait la même interprétation quand il
dit : « Chantal Jouanno a annoncé aujourd’hui que tous les ours tués seront remplacés. » Les pyrénéens ne souhaitent pas la disparition de l’ours dans les Pyrénées.
Il est rassurant de voir que la désinformation sur la représentativité des antis ours n’a pas été efficace. Tous les sondages montrent en effet que la majorité des pyrénéens (et des français)
veulent garder la population d’ours présente dans les Pyrénées.
On ne parle plus de « renforcement » de la population mais de « maintien » de la population.
Il est intéressant de relire lerapport rédigé par Christopher Servheen en 1996 ainsi que les études qui étudient la viabilité de la population d’ours dans les Pyrénées, puisque quand Chantal
Jouanno parle de « maintenir la population », c’est bien de viabilité de la population qu’il s’agit. Il est loin d’être sûr que le gouvernement soit si ambitieux...
* Analyse de la viabilité de la population d’ours des Pyrénées, Pierre-Yves Quenette , Guillaume Chapron, Stéphane Legendre et Jean Clobert * Le document officiel sur le site de l’Etat (plus
officiel que la buvette !)
Protocole des ours à problèmes
En cas d’attaque à répétition ou de comportement trop familier, c’est à dire d’ours dit « à problèmes », Chantal Jouanno utilise deux verbes différents : « recapturer »
ou « prélever ». Dans la différence : la vie de l’ours, pas moins. Le contenu du protocole existant n’est donc pas remis en cause. Ces mesures qui existaient déjà prévoient le
remplacement de tous les ours « prélevés » ou éliminés. Il n’a juste jamais été mis en pratique, puisque le débat était de savoir si l’ourse Franska était ou n’était pas une ourse à
problèmes et si les conditions du protocole étaient respectées (mesures de protection, effarouchement etc.) On devra s’attendre dans le futur a des ours "retirés" puis remplacés. Faut-il
comprendre capturés ou tués ?
Suivi
Il semble (à confirmer), que Chantal Jouanno désire que tous les ours soient équipés d’émetteurs. L’équipe technique ours devra dans ce cas être sérieusement renforcée. Cela fait partie des
conclusions des rapports qu’elle avait demandé et qui ont servis de base au "Groupe National Ours des Pyrénées", GNOP, GNOP ! Les ours des Pyrénées y perdront en sauvagerie et en liberté.
Gagneront-ils en sécurité en échange ? La survie de la population est-elle à ce prix ? L’homme doit-il toujours gérer et intervenir pour tout contrôler ? Demain les loups, les
lynx, les vautours, les gens ? L’instrumentalisation des ours est en marche. Hy tech made in Pyrénées ! Et pourquoi pas le collier à décharges électriques tant qu’on y est ?
Médiatisation
Chantal Jouanno désire éviter « toute surmédiatisation ». Vu le goût de la presse locale (papier comme web) pour le sang des brebis et les dégâts d’ours, et vu le lobbying efficace
des opposants dans certains médias nationaux, on se demande comment elle va s’y prendre pour éviter le sensationnalisme et l’usage de la peur de l’ours par certains. L’intention de calmer le
jeu est là et c’est une bonne chose, la suite dira si elle y parviendra. Les éleveurs ne manqueront pas de se charger de la médiatisation, n’en doutons pas.
Visite
Chantal Jouanno va venir dans les Pyrénées pour rencontrer les acteurs. Je ne pense pas, comme le journaliste, qu’il s’agira d’une « remise à plat ». Il sera difficile en effet de
faire « table rase » de l’historique de ce conflit et des responsabilités de l’Etat dans ce dossier. Je lui souhaite du courage et de la diplomatie.
En tout cas, Chantal Jouanno semble vouloir s’occuper personnellement du dossier et l’Etat, respecter ses obligations. C’est déjà une chose nouvelle. Si maintenant les acteurs pouvaient aussi
simplement respecter la loi et ne pas essayer d’imposer « leur loi », le dossier pourrait enfin progresser.